LE DEFI MICHEE

Le Défi Michée est une initiative de l’Alliance Evangélique Mondiale et d’un Réseau d’oeuvres chrétiennes pour mobiliser les chrétiens contre la pauvreté dans l'esprit de Michée 6 : 8. Il a été lancé en France par le S.E.L. et l’Alliance Evangélique Française. Le Site International en donne une vision mondiale.

Lettre de Michael Smitheram, Coordinateur International du Défi Michée, au Premier Ministre Portugais (lors de sa Présidance Européenne)

Monsieur le Premier Ministre,

Ces derniers mois, les négociations de l’UE pour les Accords de Partenariat Economique (APE) avec les Pays ACP sont entrés dans une phase cruciale alors que la Commission Européenne (CE) faisait des propositions détaillées d’accords sur l’ensemble des territoires ACP.
La CE fait pression afin que les accords soient conclus avant l’expiration de la dérogation de l’OMC dans six mois. La pression est exacerbée par la menace de la CE d’augmenter les tarifs sur les exportations des pays ACP si un accord n’est pas conclu avant la fin de cette année.
Alors que les négociations des APE arrivent à leur terme, nous nous sentons profondément concernés par le devenir de millions de nécessiteux. Nous souhaitons que leur avenir et l’assurance d’un minimum vital soient placés au cœur des négociations. Nous espérons que ces priorités ne seront pas sacrifiées simplement pour satisfaire une échéance.

Les conclusions adoptées en mai dernier par le conseil de l’UE et le Conseil des relations ACP-UE, ont renouvelé les engagements pour un développement soutenable et l’éradication de la pauvreté. Cependant tous les signes émanant des négociations font penser que ces engagements ne seront pas honorés à la table des négociations.
L’analyse des textes proposés par la CE montre qu’ils vont bien au delà de ce que demandent les règles de l’OMC et qu’ils vont à l’encontre du développement.
Cela concerne, par exemple, les services et les autres questions relatives au commerce que les Européens continuent à mettre en avant en dépit du droit des pays ACP de choisir s’ ils veulent les négocier ou non. Par exemple, le 25 mai 2007, l’édition financière du Times a publié une lettre ouverte à la Commission Européenne écrite par un groupe d’experts en propriété intellectuelle de renommée mondiale. Ce groupe affirmait que les propositions de la CE pour l’APE sur la propriété intellectuelle freinerait les progrès économiques et sociaux des pays ACP, plutôt que de les promouvoir.

Actuellement, l’Europe ne met pas le développement au cœur de ses demandes d’accès au marché. Bien que les états membres de l’UE s’accordent sur le besoin de soutenir l’intégration régionale au sein des pays ACP, le résultat des positions de la CE pourraient produire le  contraire. L’Europe a accompli son intégration territoriale en protégeant son marché et en  soutenant financièrement l’agriculture et l’industrie afin de les rendre compétitives. De telles mesures  ont été refusées aux régions de l’ACP. Il leur a été demandé d’ouvrir leurs marchés à l’UE avant qu’ils aient l’opportunité d’arriver à maturité.

Alors que la date butoir approche, il y a une immense pression pour conclure les négociations. Les deux camps assurent que les APE « seront conclues à temps » mais ils semblent ignorer l’énorme travail qui reste à faire. Les enjeux sont complexes, et au vu de l’impact qu’ils pourraient avoir sur les pays les plus pauvres du monde, ils doivent être absolument analysés et débattus. A ce jour, cela n’a pas eu lieu : les textes et les engagements n’ont pas été complètement examinés ou discutés par des experts impartiaux, que ce soit au niveau du gouvernement national ou d’un intervenant compétent, y compris des organisations de fermiers, les unions de commerce et le secteur des affaires.

Les pays de l’UE pourraient et devraient adopter quelques mesures simples pour assurer la priorité au développement :

- 1. Tout d’abord, Monsieur le Premier Ministre, nous vous encourageons à utiliser votre Présidence pour favoriser un débat démocratique et une évaluation complète des nombreux textes.

- 2. Nous réitérons que l’UE devrait arrêter d’insister sur un accord réciproque pour un accès au marché des biens ainsi que sur l’inclusion de nouvelles questions telles que l’investissement, la concurrence et la passation de marché. Nous rappelons l’engagement du Conseil de l’UE le 15 mai 2007 de « respecter entièrement les droits de tous les états et régions de l’ACP afin de déterminer la meilleure politique pour leur développement. »

- 3. En accord avec la demande des ministres des pays ACP (leur conclusion du 24 mai 2007), les états membres de l’UE devraient se conformer à leurs obligations légales et s’engager immédiatement pour que l’augmentation des tarifs ne soit pas imposée et que le commerce ne soit pas interrompu si un APE n’est pas en place à la fin de l’année. De plus, ils devraient admettre, comme le démontre de récentes analyses, que des solutions techniquement abordables existent et sont conformes aux lois de l’OMC. Tout ce que nous demandons, c’est que les états membres de l’UE montrent la volonté politique et le leadership pour le faire.

- 4. Nous vous demandons instamment d’assurer que, quelque soit l’issue des négociations, les états membres de l’UE engageront une aide supplémentaire envers les pays de l’ACP pour fortifier les marchés locaux et régionaux. La provision de cette aide doit être basée sur les principes de la déclaration de Paris sur la propriété de chaque pays et la redevabilité mutuelle.

Nous apprécions la priorité donnée au développement dans l’agenda de la Présidence portugaise, et particulièrement sur la relation entre l’UE et l’Afrique. Avec cela en tête, nous demandons à votre Présidence d’assurer la cohérence entre les engagements exprimés par l’UE envers le développement de l’Afrique et le contenu des négociations de l’APE. Nous pensons vraiment qu’avec leurs directions actuelles, les négociations de l’APE risquent de menacer le développement plutôt que de l’encourager et ainsi discréditer les aspirations au développement de la stratégie UE – Afrique.

Nous nous attendons à une Présidence portugaise qui travaille activement à un développement soutenable et à de prochains échanges à ce sujet.

 

 

Michael Smitheram

Coordinateur International du Défi Michée.

 

 


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